Interview de Jean-Marc Roberts


Interview de Jean-Marc Roberts alors que l’écrivain-éditeur publie un livre souvenirs où il évoque son enfance en Calabre et ses choix d’éditeur.

8 mars 2013. Libération. Recueilli par sylvain Bourmeau

Goncourt : avec les autofélicitations du jury


“On pourrait raconter le voyage épique, avec ses livres, de chaque membre de ce cénacle littéraire, le plus puissant de France.”

LE MONDE | 06.11.2012 à 15h38 • Mis à jour le 07.11.2012 à 12h16 Par Raphaëlle Bacqué

Jean Echenoz hait les points de suspension...


Propos recueillis par Philippe Delaroche et Baptiste Liger (pour Lire), publié le 08/10/2012

enrouelibre:

“Tout de même, j’ai mis plus d’un mois à écrire le premier paragraphe. Je le connais encore par coeur aujourd’hui. “C’est à peu près à la même époque de ma vie, vie calme où d’ordinaire rien n’advenait, que dans mon horizon immédiat coïncidèrent deux événements qui, pris séparément, ne présentaient guère d’intérêt, et qui, considérés ensemble, n’avaient malheureusement aucun rapport entre eux.” C’est très radical, comme incipit, c’est vraiment se foutre du monde. Je suis un écrivain de trente ans qui dit: “Ce que je vais vous raconter n’a aucun intérêt. En d’autres termes: “Je vais me foutre de votre gueule.””
Jean-Philippe Toussaint, entretien avec Laurent Demoulin, 13 mars 2007.

enrouelibre:

“Tout de même, j’ai mis plus d’un mois à écrire le premier paragraphe. Je le connais encore par coeur aujourd’hui. “C’est à peu près à la même époque de ma vie, vie calme où d’ordinaire rien n’advenait, que dans mon horizon immédiat coïncidèrent deux événements qui, pris séparément, ne présentaient guère d’intérêt, et qui, considérés ensemble, n’avaient malheureusement aucun rapport entre eux.” C’est très radical, comme incipit, c’est vraiment se foutre du monde. Je suis un écrivain de trente ans qui dit: “Ce que je vais vous raconter n’a aucun intérêt. En d’autres termes: “Je vais me foutre de votre gueule.””

Jean-Philippe Toussaint, entretien avec Laurent Demoulin, 13 mars 2007.

Anne Baraou & François Ayroles in Les Plumes (volumes 2) Dargaud.

Être écrivain à l'ère d'Internet


En quoi les nouvelles technologies, les réseaux sociaux et Internet modifient-ils le rapport à la création, le travail de l’écrivain et les œuvres elles-mêmes ? Enquête sur une mutation en marche.

Source : Sabine Audrerie, dans La Croix. Septembre 2012

À découvrir, puis à suivre...


On y lit des citations dans ce genre :

« Les écrivains qui écrivent des histoires d’écrivains risquent le pire des avortements littéraires, tout le monde sait cela. Commencez une histoire par : « Craig écrasa sa cigarette et se précipita sur sa machine à écrire », et vous ne trouverez pas un éditeur dans tous les États-Unis qui aura envie de lire la phrase suivante. »

Richard Yates – Onze histoires de solitude, Robert Laffont (traduit de l’américain par Jean Rosenthal).

Françoise Sagan, Des bleus à l’âme.

Levy-Musso: la guerre !


Celui qui veut en savoir plus sur Marc Levy et Guillaume Musso pénètre dans un monde étrange. Les gens y chuchotent. Ils ont peur d’être cités. Ils soupirent quand on parvient à les joindre - «je savais que vous finiriez par appeler» -, puis ils se téléphonent entre eux pour vérifier qu’ils n’en ont pas trop dit. La moindre conversation est négociée comme un traité de désarmement nucléaire. Levy-Musso, ce n’est pas qu’une affaire inoffensive de best-sellers pour jeunes femmes sentimentales. Entre les deux auteurs, symboles de ce que la France des supermarchés produit en matière de littérature, c’est une histoire d’argent et d’orgueil, une guerre industrielle, avec des vieux ennemis et des agents doubles.

«On n’est pas dans la littérature. Ces livres, ce sont des produits de grande consommation, ils sont lancés comme tels», murmure une informatrice anonyme. «Sur n’importe quels autres auteurs, je vous parlerais volontiers, chuinte une autre. Mais ici, on est dans la gestion de stars. C’est un “business model” très particulier.»

Pour la première fois depuis cinq ans, le Levy et le Musso, les deux traditionnelles meilleures ventes d’une année éditoriale, sont sortis presque en même temps. A l’origine, ça ne devait pas être le cas. «Si c’était à refaire», le treizième roman de Marc Levy, devait être lancé le 19 avril, mais la date a été avancée, pour une parution précédant de quelques jours celle du neuvième Musso, «7 Ans après…».

«D’ordinaire, les éditeurs évitent d’arriver à deux sur un segment aussi précis», remarque un expert du milieu qui implore qu’on garantisse son anonymat. Selon l’explication officielle donnée par Robert Laffont, éditeur de Levy, il s’agit d’éviter le télescopage avec l’élection présidentielle. En réalité, le premier tour du 22 avril n’a rien à voir avec cet événement. Le problème, c’est le 19 janvier dernier.

Ce jour-là, «le Figaro» publie le palmarès 2011 des dix plus gros vendeurs de romans. Depuis 2004, Levy prenait ses aises sur la cime du classement. Et le monde de l’édition découvre, ébahi, que l’année 2011 est celle où Guillaume Musso a doublé le boss. Levy a vendu beaucoup de poches, mais son grand format a déçu, tandis que «l’Appel de l’ange» de Musso s’est vendu à près de 600.000 exemplaires.

Au total, Musso a pesé 1,567 million de livres, là où Levy a péniblement dépassé le million et demi. Une broutille de 60.000 exemplaires, pas grand-chose, mais c’est la petite gifle arrogante qui fait la grande humiliation. Un ancien de chez Laffont, qui supplie qu’on ne donne pas son nom, nous explique que «cette histoire de la médailled’or, c’est très important pour Marc Levy».

Son éditeur, Leonello Brandolini, le reconnaît: «Il est agacé, c’est vrai. Il juge que Guillaume Musso s’est inspiré de ce qui a fait le succès de ses livres.» Levy est hors de lui. Il ne rigole plus. Les journalistes potentiellement indociles n’ont accès ni à lui ni à son entourage. Ceux de «l’Obs» doivent en faire partie, vu les rares murmures anonymes que nous avons pu recueillir.



Quand il accepte d’apparaître dans la presse, Marc Levy y fait peu état de sa mauvaise humeur. Au «Parisien», il affirme: «Je n’ai jamais lu Guillaume, mais je n’ai jamais été en confit avec lui [ …] et je me réjouis de son succès.» Il ajoute toutefois: «Il y a eu une espèce d’obsession de son éditeur de s’inscrire dans la copie de titres, que je trouve extrêmement vaine, puérile.»

La parenté des titres est indéniable (Levy a écrit «Où es-tu?», Musso donne dans le «Seras-tu là?»). Elle va d’ailleurs au-delà des titres. Il faudrait la force conceptuelle d’un universitaire aguerri pour distinguer les deux univers, faits de romances à la sauce fantastique, avec des fantômes de bombasses et des revenants beaux gosses qui hantent des lofts d’architecte, dans des centres-villes généralement américains où les prix de l’immobilier ne sont pas près de baisser.

Ce couple qu’il forme avec Marc Levy met Guillaume Musso mal à l’aise. Il nie avoir pris son inspiration chez son rival, dont il dit n’avoir lu qu’un seul livre. Il refuse d’être associé à lui. Sa stratégie anti-Levy, c’est d’insister sur leurs quinze ans d’écart: «Nous ne sommes pas de la même génération.»

La génération Musso, selon Musso, est «au confluent de deux cultures: la classique et la trentenaire, biberonnée aux séries télé, aux jeux vidéo, avec des narrations plus dynamiques». Il prend le créneau de l’écrivain pop, et laisse à Marc Levy celui du charmeur de vieilles filles. Il a abandonné le fantastique, «depuis trois romans». « 7 Ans après…», avec sa jaquette pour «djeun’s», se présente comme un thriller romantique et violent. Ironie: cette tentative de démarquage se cogne à la communication de Marc Levy, dont «Si c’était à refaire» est aussi vendu comme un roman noir. On voit par là que ce sont de vrais ennemis: pour se fuir, ils partent au même endroit.


Humilié, Marc Levy contre-attaque. Il ne veut pas réitérer les erreurs de l’an passé. «L’Etrange Voyage de monsieur Daldry», le cru 2011, a pour lui un arrière-goût de vinaigre. Il a à peine dépassé les 300 000 exemplaires, score qui dans d’autres sphères provoquerait des infarctus de béatitude. Que s’est-il passé? Le titre était peut-être trop élaboré. La couverture allait sans doute trop loin dans la nuance, au point qu’une seconde jaquette, plus explicite, a été commandée en catastrophe pour les réimpressions, chose rare dans l’édition.

Cette année, les boulons de la machine Levy ont été resserrés. A la manoeuvre, on trouve évidemment Marc Levy toujours très impliqué dans les affaires stratégiques. On trouve aussi Susanna Lea, son agente. Une jolie blonde, diplômée d’Oxford, patronne d’une boîte qui a des bureaux à Paris, Londres et New York, et des ramifications jusqu’à Hollywood. C’est elle qui a décroché l’achat des droits d’«Et si c’était vrai…» par Steven Spielberg, qui n’avait pas lu le livre, pour 2 millions de dollars.

«Elle a une présence phénoménale auprès de Marc, explique une proche qui nous conjure de ne pas révéler qu’elle a parlé à la presse. Es habitent tous les deux à New York. Elle le coache depuis le début, elle l’a aidé à devenir l’écrivain qu’il est. Elle décide de tout.» Un des auteurs de Susanna Lea, qui tient aussi à demeurer sans nom, confirme le «rapport fusionnel» qu’elle entretient avec ses poulains. «On dit d’elle qu’elle est âpre à la négociation… et c’est vrai. C’est une femme d’affaires, à l’américaine.»

On raconte que, chez Robert Laffont, elle règne en patronne sur le dossier Levy. Elle a d’ailleurs travaillé quelque temps pour Laffont au début de sa carrière, sous la direction de Bernard Fixot, qui est aujourd’hui l’éditeur de… Guillaume Musso.

Au début de l’année, Susanna Lea est venue à Paris pour une réunion chez l’éditeur de sa plume aux oeufs d’or. Elle a dit: «On va mettre le paquet.» Le paquet arrive. La campagne 2012, c’est un retour aux fondamentaux de la marque Levy. Le titre et la couverture de «Si c’était à refaire» évoquent sans fioritures ceux de «Et si c’était vrai», le zénith de sa carrière, 3 millions d’exemplaires vendus.

Le produit est configuré pour renouer avec le succès. La promotion et le marketing ont été intensifiés et parfois repensés avec minutie. Chez Robert Laffont, la direction indique par exemple que les stratégies d’affichage vont changer: «Cette année, on fait les bus.» Pourquoi les bus? «Demande de l’auteur.»

Jusqu’à présent, Marc Levy était plutôt du genre à s’afficher sur quatre mètres par trois dans les halls de gare, ou à placarder son sourire triste à proximité des multiplexes et centres commerciaux en périphérie des grandes villes. Mais, l’an dernier, celui qui était encore l’écrivain numéro un s’est promené dans Paris. Partout autour de lui, virevoltant comme des anges moqueurs, des duplicatas décontractés de Guillaume Musso fendaient l’espace.

Ce vertige promotionnel porte un nom: les flancs de bus. Ils ont tous les avantages. Ils sont peu onéreux. Sur la zone Paris-banlieue, ce sont 1400 posters qui circulent pendant sept jours, couvrant 80% du territoire, avec une audience de 6 millions de personnes. Chacune peut voir le visuel jusqu’à dix fois (excellent indice de répétition), ce qui donne, au terme d’un calcul qu’on vous épargne, un indice ODV/1000 (Occasion De Voir) de 63 000, avec un GRP (Gross Rating Point, sorte de taux de pénétration) de 830. Le rêve de tout écrivain qui se respecte. Un spécialiste en affichage confirme: «C’est un dispositif très urbain, qui touche des profils sociodémographiques plus qualitatifs: CSP+, jeunes. Tandis que sur les multiplexes, les profils sont plus moyens.»


Mais Musso n’entend pas déserter les couloirs de bus, ces autoroutes vers le succès. Il tient lui aussi à les occuper pour la sortie en poche de son avant- dernier roman, celui qui a fait son triomphe, «l’Appel de l’ange». Les deux rivaux vont donc se rouler sur les pieds. Un cauchemar pour les publicitaires, qui s’efforcent dans ce genre de cas de ne pas partager les mêmes supports, pour éviter des confusions dans l’esprit du consommateur.

D’autant que Pocket, l’éditeur poche de Musso, s’occupe aussi des poches de Marc Levy, et que la sortie du Marc Levy en poche coïncidera, au risque de la parasiter, avec… la campagne pour le Marc Levy grand format. Deux Marc Levy et deux Guillaume Musso engagés dans une guerre de tous contre tous: quand le lecteur se retrouvera dans son supermarché face à quatre piles de livres à la fois similaires et concurrentes, personne ne peut prédire à quelle affiche il pensera.

Bien entendu, la vie d’un roman ne se limite pas au choix d’un titre ou d’une stratégie d’affichage. Il y a bien d’autres facteurs à envisager. On citera la PLV, la publicité sur lieu de vente, avec ses présentoirs, ces grosses structures de carton livrées avec un nombre fixe de livres, pour forcer la prise de stock.

Les éditeurs refusent de dire combien en ont été mis en place. A la Maison de la Presse de Pont-l’Evêque (Calvados), la vendeuse nous dit toutefois que le présentoir de Marc Levy est plus gros que celui de Guillaume Musso. Il contient 75 livres, là où son rival, posé juste à côté, n’en a que 60. Dans les grandes surfaces, les PLV extra-larges de Levy donnent dans le spectaculaire, avec une photo de l’auteur à taille réelle. Le bon écrivain prête attention au moindre détail, et ne néglige aucun effet.

Marc Levy récupérera-t-il sa pole position? Sur sa première semaine de commercialisation, «Si c’était à refaire» s’est moins bien vendu (50.000 exemplaires) que «7 Ans après…» (75.000 exemplaires). De toute évidence, les courbes de la gloire sont en train de se croiser, et Levy descend pendant que Musso monte. Mais rien n’est fait. Les palmarès commerciaux se jouent beaucoup sur les ventes de poches, secteur où Levy surclasse toujours Musso. L’art de gérer un fonds déterminera peut-être l’issue de la seule dispute littéraire de ce début de siècle, qui est bien à son image.

David Caviglioli

Source: “le Nouvel Observateur” du 3 mai 2012.